Conférence : les femmes et le droit

Mercredi 21 janvier, l’école HEAD a eu le privilège de recevoir autour de Me Émilie Vasseur, avocate au sein du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier et membre du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris, 3 femmes d’exception pour une conférence exceptionnelle.

  • Madame Marie-Hélène Huertas, Directrice Concurrence, Ethique du groupe Vivendi et Présidente de chambre honoraire du Tribunal de commerce de Paris,
  • Me Mathilde Jouanneau, avocate au sein du cabinet 5 Malraux, présidente de l’association Femmes et Droit, ancienne secrétaire de la conférence et ancienne membre du Conseil de l’Ordre du barreau de Paris et du Conseil National des Barreaux,
  • Me Valence Borgia, avocate au sein du cabinet K&L Gates, présidente de la section parisienne de l’Union des Jeunes avocats, et co-auteur du rapport du barreau de Paris sur l’égalité professionnelle.

Les législations récentes imposant la mise en place de quotas dans les postes à haute responsabilité relancent le débat sur l’égalité professionnelle. Au-delà de la question de savoir si la discrimination positive est un remède contre les inégalités constatées entre hommes et femmes dans l’exercice de leur profession, les trois invitées, d’univers différents, s’interrogent avec Emilie Vasseur et le public, venu en parité et nombreux ce soir, sur ces distorsions et les mécanismes à encourager pour y remédier.


Le « plafond de verre », mythe ou réalité ?

Les bancs de l’Université de Droit sont aujourd’hui majoritairement féminins (78%). Comment expliquer que les femmes ne représentent pourtant que 58 % des avocats dans les cabinets d’avocats, et 12% des associés de ces cabinets ? Comment expliquer qu’elles soient encore moins présentes que les hommes aux directions juridiques des entreprises et aux hauts postes de la magistrature ?
Cette pyramide inversée, qui témoigne de la difficulté pour les femmes d’accéder aux postes à haute responsabilité, est classiquement désignée sous le vocable de « plafond de verre ».
A ce phénomène s’ajoute une importante distorsion dans les rémunérations. L’écart de salaire passe également du simple au double (50%) dans les cabinets d’avocats. Le revenu moyen d’une femme est de 50,000 euros tandis qu’il est de 100.000 euros chez les hommes.


Des statistiques à nuancer ?

Il faut nuancer l’interprétation de ces statistiques. De tels écarts s’expliquent pour partie par la variété des modes d’exercice de la profession d’avocat et celles favorisées aujourd’hui par les femmes : on constate qu’elles exercent le plus souvent dans des structure individuelles, ou comme collaboratrices dans des structures plus grandes.
Or, la rémunération de salaire varie sensiblement selon le mode d’exercice et certaines structures « associent » plus que d’autres.


La grossesse, un frein à l’ambition des femmes ?
 

Les invitées s’accordent sur le fait que la grossesse peut ralentir l’ascension aux postes à haute responsabilité, néanmoins, elle n’est pas pour autant un frein ou une limite à la réussite professionnelle.  La clef se trouve peut-être dans une évolution de notre société vers d’autres modèles.
Mathilde Jouanneau observe que le débat se déplace aujourd’hui de la question de la maternité vers celle de la parentalité. Débat qui fait échos à celui plus général d’une implication croissante des pères dans l’éducation de leurs enfants. Un élan plus grand des pères à solliciter un congé parental à l’arrivée d’un enfant, et un partage plus grand des responsabilités parentales quotidiennes pourra faciliter à l’avenir l’évolution de carrière des femmes.

Le « syndrome de la bonne élève »

Du reste, les femmes elles-mêmes résistent parfois à leur propre évolution, se livrant à une forme d’autocensure. Faute de modèle féminin, elles sacralisent les postes à hautes responsabilités dans lesquels elles ne se reconnaissent pas et s’interdisent même de les briguer .
C’est ce que Marie-Hélène Huertas désigne comme étant le « syndrome de la bonne élève ». Aussi compétente qu’elles soient, les femmes ne doivent pas attendre que l’on vienne leur offrir une évolution de carrière. Elles doivent la provoquer et ne pas craindre d’afficher leurs ambitions. Elles doivent aussi montrer une plus grande détermination. Le plafond de verre peut être traversé et la cooptation masculine mise à mal, pour peu que les femmes osent demander la place qu’elles sont légitimes à briguer.

Comment susciter l’ambition des femmes ?

Le management des carrières est essentiel.  Certains cabinets offrent des statuts intermédiaires (Counsel) pour permettre aux femmes qui le souhaitent, d’aménager leur emploi du temps tout en ayant des responsabilités accrues.
D’autres conçoivent des programmes spécifiques pour aider les femmes à prendre confiance en elles, à développer leurs réseaux, à s’ouvrir sur l’extérieur. Les femmes doivent apprendre à être parfois un peu moins perfectionnistes sur leurs dossiers et un peu plus attentives à ce qui se passe en dehors de leur bureau observe Valence Borgia. Associations, syndicats, colloques, sont autant d’occasions de rencontrer d’autres professionnels et de faire évoluer leur connaissance de l’univers dans lequel elles évoluent.

Comment développer sa pratique, ses compétence et son réseau ?

La capacité à développer une clientèle est le critère qui fera la différence, quel que soit le genre de l’avocat. S’il n’existe pas de recette toute faite il est certain qu’au-delà des compétences techniques, les femmes doivent porter une grande attention au développement que leurs réseaux et afficher une plus grande détermination.

L’ambition professionnelle est une affaire de caractère, et non de genre.

 

Par Marion Fourcade, promotion 2014-2015

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