Consultations juridiques gratuites : un exemple de don de soi pour les professionnels du droit

A l’heure où l’esprit pro bono tend à se développer, les consultations juridiques gratuites font de plus en plus parler d’elles. Un précédent billet rappelait les initiatives du barreau de Paris dans ce domaine. Toutefois cette nouvelle modalité d’assistance bénévole à la personne se développe également en dehors de structures consacrées au droit, par exemple au sein d’associations de quartier où des juristes volontaires n’hésitent pas à donner simplement de leur temps au service de ceux qui en ont besoin.

Claire QUETAND-FINET, docteur en droit, partage avec nous son expérience. 

Alors en cours de rédaction de sa thèse[1], Claire n’avait jamais véritablement pensé à donner de consultations juridiques gratuites. L’occasion se présenta par hasard il y a quelques années, dans le cadre d’une association de quartier lors d’un appel à volontaires. L’association prévoyait de mettre en place une permanence de  deux heures, une fois par mois, pour apporter de l’aide à ceux qui n’auraient pas les moyens de se tourner vers un avocat. Humblement, Claire explique « Quand on m’a sollicitée, cela a été très spontané. Je me suis dit « Pourquoi pas ? Je rendrais service et en même temps cela me mettrait un pied dans la pratique. » J’y ai donc vu une double utilité. »

Un double intérêt rapidement confirmé par la pratique, et qui justifie que Claire recommande sans hésitation de franchir le pas : participer à des consultations juridiques gratuites est une expérience très riche, qui à n’en pas douter apporte tant sur le plan humain que sur le plan professionnel.

Sur le plan humain tout d’abord, en donnant l’occasion d’échanger  avec des personnes souvent en situation difficile, que le quotidien n’aurait peut être pas conduit à rencontrer. Discuter avec Claire ne laisse aucun doute sur la question : se mettre à l’écoute de ceux qui ont souvent du mal à se faire entendre est une riche expérience humaine.

Sur le plan professionnel ensuite, en permettant de se plonger dans la pratique, face à des questions de droit souvent inhabituelles et qui requièrent un véritable effort de qualification juridique pour démêler les demandes relevant véritablement du droit de celles qui n’en relèvent pas.

Malgré tout Claire ne s’en cache pas, la démarche n’est pas toujours facile, et les questions posées peuvent parfois conduire à quelques problèmes de conscience. Par ailleurs le système souffre des précautions qu’il met en place : l’interdiction de suivi[2] empêche souvent d’apporter autant de soutien juridique qu’escompté. Pour autant, son désir de poursuivre est intact. En complément de son parcours orienté vers la théorie du droit, Claire trouve dans ce service un moyen de se confronter à la pratique juridique tout en donnant de son temps. En un mot, une activité pro bono en lien avec sa profession, mais ouvrant sur bien plus.

Un exemple de don de soi au cœur d’une profession du droit… Alors les consultations juridiques gratuites, finalement pourquoi pas ?



[1]Doctorat de droit privé de l’université Paris I- Panthéon Sorbonne .Thèse sur « Les présomptions en droit privé »  réalisée sous la direction de M. Emmanuel Jeuland.

[2] A l’image de l’interdiction mise en place par la déontologie de l’Ordre des avocats, il n’était pas non plus permis de procéder au suivi des personnes reçues. Une telle interdiction vise à empêcher les praticiens du droit de se servir de ces structures pro bono pour rechercher des clients.

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