La plaidoirie au pénal : pour Hervé Témime c’est avoir « la défense dans la peau» !


Ce 5 mars dernier, dans le Grand Amphithéâtre d’HEAD, « la parole est à la défense ». Maître Emmanuel Brochier a souhaité inviter son confrère emblématique du procès pénal à partager son expérience aux étudiants.

Hervé Témime : Une vocation hors du commun

Sa vocation est née dans les années 1970, quand il avait 14 ans et alors même qu’il n’était pas destiné aux études de droit.

« Une évidence dans mon adolescence : le désir de devenir avocat pénaliste. Je dévorais l’histoire judiciaire française de l’après-guerre et les travaux d’Emile Pollack » nous confie Hervé Témime.

Après sa prestation de serment en janvier 1979, il a exercé immédiatement au barreau de Versailles. A l’âge de 25 ans, il avait déjà plaidé 50 fois aux Assises !

Un « grand avocat »

Pour Emmanuel Brochier, il incarne bel et bien le « grand avocat » caractérisé comme suit :

-        il défend les causes difficiles

-        il souffre avec son client dans la défaite et se réjouit dans la victoire

-        il arrive à l’audience, animé par le stress et connaît son dossier à 1000%

-        il se surpasse quand la parole lui est confiée

-        il se souvient plus de ses échecs que de ses succès

-      peu conscient de son talent, il se concentre pour sauver l’honneur ou la liberté de son client

-       estimé par ses confrères, il est aussi reconnu par les juges.

 « Maître, plaiderez-vous ? »

C’est la question que les avocats d’aujourd’hui entendent souvent en audience. « Le temps où la plaidoirie était un récit et une histoire convaincante est révolu ! » observe Emmanuel Brochier.

La plaidoirie est devenue un exercice temps limité ; l’avocat est invité à plaider par observation en soulignant les points importants de la cause.

« Au pénal, la plaidoirie n’est jamais limitée dans le temps », précise Hervé Témime.

Dans les années 1990, avec l’abolition de la peine de mort, la plaidoirie au pénal a pu connaître un net recul. En revanche, de nos jours, la place de l’avocat dans les débats se renforce en raison de l’interactivité croissante des procès et de l’importance reconnue au principe du contradictoire. A Paris, les avocats ont la réputation de plaider brièvement par rapport aux avocats de l’extérieur.

La liberté de parole est très grande au pénal. « Il n’est pas de lieu où la liberté de parole et d’expression est plus grande que dans une cour d’assises » se réjouit Hervé Témime ; cela ne signifie pas qu’on n’est pas vulnérable, notamment au regard du secret professionnel.

Une plaidoirie réussie

Juristes, la plaidoirie vous fait rêver ? Exigeante, elle ne supporte pas les faux pas. Elle révèle l’intérieur du plaideur. Elle exige tout à la fois l’orgueil du conquérant qui se lance et l’humilité de celui qui gagne la conviction du jury.

Pour Hervé Témime, la plaidoirie doit être naturelle ;  fruit de l’expérience plus que des techniques elle doit sonner juste et vraie.

Henri Leclerc aimait à présenter « la plaidoirie comme l’art de la sincérité ». Ne nous méprenons pas sur la spontanéité mentionnée ; elle repose sur un travail préparatoire et une connaissance considérable du dossier. Chaque point de fait et de droit est analysé un à un. En revanche, il faut être prêt à l’audience, à « se déssaisir » du dossier en quelque sorte : la décision appartient aux jurés et il s’agit de les convaincre par tout moyen possible et au prix parfois d’une admirable adaptabilité.

C’est pourquoi Hervé Témime ne couche pas sa plaidoirie sur le papier ; seul le plan détaillé de la démonstration prévue est en tête, prêt à être amendé à tout moment pour convaincre le jury.

Le recours aux medias par les avocats peut-il influencer le magistrat ?

Le préjugement médiatique est souvent inévitable et dur à combattre, regrette Hervé Témime. Une défense médiatique ne produit jamais d’effet positif sur le procès. Cependant, il faut savoir communiquer dans le sens des intérêts de son client et en endiguant les désagréments comme le déferlement des journalistes. L’enjeu consiste à utiliser les médias pour s’adresser à ceux qu’on doit convaincre.

Toute personne mérite-t-elle d’être défendue ?

Affirmatif…et sans condition ! » répond Hervé Témime. Défendre n’est pas approuver et l’avocat n’est pas dans le jugement. Dans notre système français, l’avocat n’est pas au service de la vérité mais de son client. L’avocat a le devoir de soulever une nullité de procédure quand bien même les conséquences sociales de celle-ci seraient à redouter : s’en abstenir constituerait une violation du serment prononcé.

« Ni juge, ni policier, ni curé ! », l’avocat au pénal assume la fonction sociale de défendre une personne face à la machine judiciaire, au moment où les droits de la défense peuvent être le plus malmenés.

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