Conférence : la communication et l’image numérique du jeune avocat

Pour les avocats d’aujourd’hui et de demain, la communication, la présence en ligne et le maniement des nouvelles technologies sont désormais indispensables dans l’exercice de la profession.
Le mercredi 4 mars 2015, l’école HEAD recevait autour de Me Matthieu Brochier, deux professionnels de la communication et des médias afin de comprendre ces nouveaux enjeux et d’apporter des solutions concrètes.

  • Les avocats doivent-ils communiquer aujourd’hui ?

Pour Clarisse Berrebi, le faire-savoir a supplanté aujourd’hui le savoir-faire.
L’information légale est désormais accessible à tous via Internet. La maîtrise de l’information n’est donc plus une valeur ajoutée du métier d’avocat, pour qui avoir la connaissance du droit ne suffit plus. Il lui faut également savoir l’appliquer, développer un savoir-faire, mais, en outre le faire savoir. Il est donc important d’investir son identité numérique : exister sur Internet pour maitriser son image numérique plutôt que de laisser les moteurs de recherche le faire, et de créer son « image numérique ». Cela passe d’abord par la qualité de son compte LinkedIn : celui-ci doit être bien documenté et relié à des réseaux pertinents.

Selon Grégoire Kopp, Facebook est un outil qui n’est pas pertinent pour un usage professionnel. Il conseille aux élèves de décocher l’option de référencement sur Google.

A cet égard, Clarisse Berrebi rappelle qu’il est important de ne faire entrer dans son réseau que des personnes que l’on connaît. Notre réseau est désormais visible par tous à travers les réseaux numériques. Aujourd’hui notre profil et notre réseau sont consultables par tous à travers les réseaux numériques : il est donc important qu’ils correspondent à la réalité et qu’ils soient pertinents.

Interrogés par le public sur l’opportunité d’ouvrir un blog, les intervenants considèrent que cela a un intérêt dès lors que les informations sont utiles à un domaine et que cela est fait de manière professionnelle.
Pour Grégoire Kopp, le blog professionnel constitue en effet un bon moyen pour se démarquer. En revanche, il faut le faire de manière consciencieuse et sur le long terme.

 

  • Quid de la communication maladroite, mal-comprise ou de l’opinion trop marquée ?

Interrogée par Matthieu Brochier, Clarisse Berrebi considère qu’il faut apprendre à se taire lorsque nous ne sommes pas prêts à communiquer. Mais avant de se sentir prêt à exprimer son propre message, faire une veille en retwittant des informations préexistantes est toujours judicieux.

Pour Grégoire Kopp, il ne faut pas avoir peur de commettre des erreurs, il faut au contraire entreprendre ; être avocat c’est avant tout être entrepreneur, trouver des clients, aller sur le terrain. L’attitude doit être la même sur les réseaux.
Toutefois il faut être prudent lorsque l’on a des responsabilités. Quelle que soit sa réputation et son niveau d’expertise, il faut être vigilant. Pour Grégoire Kopp, « twitter, c’est crier tout nu dans la rue » : la visibilité du tweet donne lieu à une certaine exposition.

Pour Clarisse Berrebi, il faut assumer le choix des tweets et il est important de citer ses sources : c’est une publicité réciproque. Cela crée une dynamique très intéressante qui participe de la réputation de chacun.

Grégoire Kopp considère qu’il faut prendre des risques. Le plus important est d’assumer de plaire ou de ne pas plaire dans les propos tenus sur Twitter. Si le message est construit et réfléchi, cela devient intéressant.

 

  • Les « avocats communicants »

Clarisse Berrebi cite l’exemple de Maitre Eolas qui a apporté sur son blog puis sur son twitter une vulgarisation du monde juridique ; c’est d’ailleurs ce qui fait sa réputation. Sa notoriété n’était cependant pas l’objectif de départ car il écrivait anonymement.
L’objectif n’est pas d’être connu, mais être expert dans une pratique identifiée, pour
avoir une valeur ajoutée.

Selon Clarisse Berrebi, Internet constitue aujourd’hui une possibilité pour communiquer gratuitement avec un retour sur investissement gigantesque. C’est un outil démocratique et méritocratique.

Pour Grégoire Kopp, Twitter est très utile en matière de veille. C’est une sorte d’abonnement gratuit. L’usage professionnel de Twitter est très efficace. Le nombre limité de caractères est un atout pour Grégoire Kopp : Plus le message est condensé, plus les gens le lisent. L’exemple des Live Tweets est significatif : ils permettent à des gens qui ne sont pas sur le lieu de l’événement de suivre des échanges. La personne émettrice se distingue car elle fait suivre l’information, l’événement aux autres personnes.

Matthieu Brochier considère que, lorsque l’on agit en tant qu’avocat, il faut toujours se poser la question de l’intérêt du client et non de son intérêt personnel. Il est parfois nécessaire de communiquer pour défendre les intérêts de son client mais il ne faut pas épuiser son crédit de communication. C’est une communication en soi que de ne pas communiquer.

Pour Clarisse Berrebi, tout est sujet de communication : il faut penser à la viralité d’Internet. Il faut utiliser la déontologie en communication, autrefois frein pour l’avocat, et qui devient aujourd’hui un avantage concurrentiel. Aujourd’hui, l’utilité essentielle des réseaux réside dans le fait de gagner de la crédibilité et la confiance du public. Ce capital confiance est directement lié à la déontologie. Cela, les avocats n’en n’ont pas pris conscience : ils sont encore absents d’Internet.

 

  • Conclusion

Grégoire Kopp : Il faut être proactif et maitriser sa visibilité sur les réseaux pour éviter de perdre le contrôle de nos données.

Clarisse Berrebi: Il y a une obligation d’être présent sur Internet. On ne peut plus se permettre d’être absent.

Matthieu Brochier : Finalement, on ne peut pas se permettre de ne pas communiquer, sinon les choses sont sues autrement et grâce à d’autres.

Clarisse Berrebi: C’est aussi la mission de l’avocat que de vulgariser le droit et de donner accès au droit autrement que par des revues scientifiques.

 

Un grand merci aux intervenants pour leur participation et pour avoir partagé leur vision.

Clarisse Berrebi (@Clarisseberrebi), avocat à la cour et élue au Conseil national des barreaux, elle y a présidé pendant deux ans la Commission des nouvelles technologies en charge des questions de dématérialisation des actes de la profession. Clarisse Berrebi est membre du bureau national de l’A.C.E. -Avocat Conseil d’Entreprise- et Présidente de la commission Droit des technologies avancées.


Grégoire Kopp (@_GRK), avocat de formation et aujourd’hui conseiller en communication et média du secrétaire d’Etat des Transports, de la Mer et de la Pêche. Grégoire Kopp conseille le Ministre sur sa stratégie d’influence, sa communication et ses relations avec les médias. Il coordonne la communication avec les services du Ministère et des acteurs du secteur.

Le débat était coordonné par Matthieu Brochier (@MatthieuBro), avocat associé du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier et ancien secrétaire de la Conférence.

 

Compte-rendu par Emilie Carrere, stagiaire au cabinet Darrois Villey Maillot Brochier et étudiante en licence de droit (L2) à l’université Paris 2 Panthéon Assas

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